Extrait de l’avant-propos par M. Jacques Robert, Professeur émérite à l’Université Panthéon-Assas (Paris II), Président honoraire de l’Université, Ancien membre du Conseil constitutionnel, Président du centre français de droit comparé.

« Dans le beau livre qu’il a déjà entre les mains, le lecteur ne trouvera certes pas des réponses à toutes les questions que posait le sujet même d’un tel travail. mais il en comprendra bien toutes les données cat l’auteur n’a ménagé ni sa peine ni son talent. Par l’abondance de la documentation rassemblée, la minutie des analyses et la profondeur des jugements, il porte sur le thème d’étude choisi un regard qui n’est ni superficiel, ni indifférent. Il nous livre une contribution déterminante à la connaissance du travail et de la mission du Conseil constitutionnel. Ce faisant, comme l’institution sur laquelle il nous renseigne si bien, il se pose en vigilant serviteur de la République ».

Extrait du Chapitre Premier

« Au delà du caractère purement institutionnel de la République, de la notion de Constitution qu’elle sous-tend, du respect des principes ancrés dans la Déclaration des droits de l’homme qu’elle implique, de celui de la séparation des pouvoirs qu’elle énonce comme essentiel, se trouvent cet idéal et ce combat, comme le rappelait régis Debray, qui sont au fondement de l’idée républicaine en France.

Car la République fut rêvée avant que d’être instituée, idéalisée comme le royaume de la vertu et de la raison, de la connaissance et de la science mise au service du bien public. En ce sens, l’histoire de la Nouvelle Atlantide narrée par François Bacon en 1620 est aussi celle du progrès de l’esprit humain, de la victoire de l’érudition sur la superstition.

Conduit par un guide éclairé, le visiteur, égaré dans ce monde inconnu et accueillant, s’entendra ainsi conter les buts de l’Institut de Salomon, qui sont « la découverte des causes, et la connaissance de la nature intime des forces primordiales et des principes des choses – mises au service du peuple – en vue d’étendre les limites de l’empire de l’homme sur la nature entière et d’exécuter tout ce qui lui est possible ».

Et le guide d’énumérer les richesses, naturelles ou artificielles : les hautes tours pour les besoins de l’observation, les lacs et les rivières pour la nourriture et la production d’eau douce, les éléments pour l’énergie, les eaux minérales pour les infusions, les hôpitaux où l’air, modifié à volonté, est de nature à guérir différentes sortes d’affections ou à entretenir tout simplement la santé, des bains destinés à la cure des maladies, des jardins d’agrément, des vergers, des pharmacies comme autant de services publics mis à la disposition et pour le bien de tous.

Dans son Anatomy of melancholy, parue l’année suivante, Robert Burton devait reprendre les fragments essentiels de la République idéale, reposant tout entière sur la vertu des hommes (Nunquam libertas gratior extat, Quam fub Rege pio) et sur le concept d’une rationalité mise au service de tous. Ayant d’abord songé à une quelconque Terrra Australis Incognita puis à une Mare Del Zur, changeante et difficilement accessible, Burton choisira d’installer sa République poétique dans un site dont la latitude de 45 degrès ubi semper virens laurus ne sera pas sans faire songer aux jardins de l’Eden esquissés par Bacon. Du reste, de l’un à l’autre, la référence sera très nette.

La République est cet idéal que seul le voyageur imprudent et chanceux est à même d’aborder, par hasard, à l’image de l’ile mythique d’Avalon des chevaliers du Graal, le modèle, la pièce unique qui révèle à elle seule les travers des systèmes monarchiques ou aristocratiques dans lesquels vit le genre humain, c’est à dire l’Europe. Dés lors ne saurait-elle lui être qu’extérieure.

Ce qui caractérise avant tout la République de Burton, sa Nouvelle Atlantide comme il la nomme lui-même, est une rigoureuse et vertueuse répartition du pouvoir. Ni intercession, ni lettres de recommandations, ni pots de vins pour la nomination des administrateurs. La vertu seule présidera à leur désignation de même que les dépenses publiques seront exclusivement affectées au bien de tous par l’intermédiaire des services publics dont l’auteur fait une énumération exhaustive : écoles, promenoirs, hôpitaux, hospices, prisons, approvisionnements en denrées, en bois de chauffage font l’objet des soins les plus attentifs de l’inspirateur de la cité, laquelle doit être la plus rationnelle possible : point de faubourgs, sièges de la plus fangeuse des criminalités, mais des métropoles situées aux abords des fleuves, constituées de maisons uniformes et solides faites de briques et de pierres et de rues belles, larges et droites. une bonne répartition des métiers, des richesses et des produits de consommation courante par une organisation rationnelle de la production permettra de suffire aux besoins de tous. Peu de lois enfin, « mais sévèrement observées, réduites par écrit en clair et maternel langage, afin que tout homme les pusse entendre ». (extrait, p. 13 & s.)