

« Pourquoi « Michel Villey ou du droit aux droits » ? pourquoi avoir choisi, pour cette courte présentation du dilemme que soumettait à Michel Villey la question des droits de l’homme, un intitulé aussi ambigu ? sans doute parce qu’à ce sujet l’interrogation que cet historien de la philosophie du droit se posait était en fait triple : comment est-on passé du droit, au demeurant non réellement défini dans l’œuvre de Michel Villey, aux droits de l’homme dont il niait par ailleurs l’existence ? Cette première question posée, s’en présentait une seconde : est-on réellement « passés » aux droits de l’homme ? En d’autres termes, ceux-ci ont-ils une efficience telle que l’on puisse parler de « droits » à leur sujet ? Nous connaissons déjà la réponse, qui pourra paraître péremptoire et quelque peu radicale, que Michel Villey apporta à cette seconde interrogation. Dès lors la troisième semblait inévitable : de quel droit l’homme peut-il prétendre à de quelconques « droits », entendons non pas tant au droit à une justice équitable, c’est-à-dire à une « juste » répartition des biens et à une tout aussi « juste » réparation, qu’il s’agisse de questions civiles ou pénales, d’atteintes aux biens ou à la personne, mais davantage à la revendication de droits individuels, préalablement définis ou reconnus dans des « déclarations » ou des « conventions », dont il serait naturellement et indéfiniment titulaire et qu’il pourrait opposer à tout un chacun, faire valoir face à la personne publique et revendiquer devant le juge ?«
Frédéric Monera, extrait du chapitre « Michel Villey ou du droit aux droits«